L’esprit Ubuntu comme boussole du leadership moderne

C’est dans son espace, « Les Sens de Marrakech », en plein centre-ville de Dakar, qu’elle nous a accueillis. Le décor est planté. Les senteurs et le cadre plongent au cœur du Maroc, pays frère du Sénégal, qui a abrité la Coupe d’Afrique des nations (Can) de football. La boutique propose divers produits de beauté.

De retour d’un séjour au royaume chérifien, Fatim Diop Mbaye est encore habitée par la ferveur fraternelle constatée lors de ces joutes footballistiques. « Quand le Sénégal marquait, c’était comme si le Maroc jouait », confie-t-elle avec une douceur teintée d’assurance. Cette image illustre, à ses yeux, la force du collectif.

Elle décline sa vision du monde dans cette atmosphère : un mélange subtil de rigueur professionnelle et de profondeur spirituelle. Elle sait établir des ponts entre différentes cultures.

« L’image n’est rien sans l’essence »

Élégante et raffinée, Fatim Diop Mbaye, propriétaire d’univers de beauté, sis au centre-ville de la capitale, travaille sur l’image et l’essence. Elle établit un lien entre l’apparence et l’intériorité, entre l’essence d’une marque et le développement personnel, avec un dénominateur commun : l’humain.

« Dans l’univers de la marque, on s’arrête souvent à la surface : la forme, le récit, l’apparence. Le coaching, lui, engage un tout autre mouvement. Il invite à descendre à l’intérieur de l’être humain, là où se logent l’identité, les valeurs, les tensions silencieuses et ce qui fait la vérité d’un être. Accompagner, c’est accepter d’entrer dans cette profondeur », ajoute notre interlocutrice.

L’humain est au cœur de son discours, de ses actions et de ses interactions.

« Je redonne ce que j’ai reçu »

Spécialiste de l’image de marque, Fatim Diop Mbaye est une adepte de l’alignement, c’est-à-dire de la cohérence entre les actes, les paroles et les pensées. Ceux qui la connaissent associent son nom à une pratique exigeante et profondément humaine.

Titulaire d’un Master en marketing du luxe (Esgci Paris) et d’un Dea en lettres modernes, elle a affûté ses armes pendant vingt ans dans des directions, plus précisément dans les secteurs du luxe et des télécommunications.

Aujourd’hui coach certifiée Hex Paris et membre active de l’Association internationale des coachs Hec, elle accompagne des dirigeants, des personnalités publiques et politiques vers un leadership dit « transformationnel ».

Elle explique, lors de notre entretien, que son parcours est marqué par l’éducation reçue et par des valeurs fortes de rigueur, de partage et de droiture.

« Aujourd’hui, ce que je fais est une forme de give-back : redonner, à mon tour, ce que j’ai reçu. Nous avons tous des modèles — réels ou symboliques — qui nous inspirent. Lorsqu’ils ne sont pas à proximité, il faut aller les chercher. Ces repères sont essentiels pour avancer. », explique-t-elle.

« Le “je” n’est pas toujours égoïste »

Fatim Diop Mbaye se définit comme une coach d’inspiration rogerienne, profondément marquée par l’héritage humaniste de Carl Rogers et par l’esprit Ubuntu (« je suis parce que nous sommes »). Elle rappelle que l’individu ne s’accomplit jamais hors du lien, tout en soulignant une condition préalable souvent négligée : la conscience de soi et de sa valeur.

Elle accorde à la solitude une place essentielle.

« Nous venons seuls au monde, nous pensons seuls, nous ressentons seuls nos peines, nos joies. C’est avec soi-même que l’on traverse chaque étape, chaque épreuve, chaque silence, finalement… Mais cela ne nie en rien l’importance de l’autre. Sans autrui, nous ne construisons rien. Tout commence par la conscience individuelle et la responsabilité personnelle. », argumente Fatim Diop Mbaye.

Elle estime qu’il est important d’« être en paix avec soi-même, être clair avec ce que l’on est, être capable d’habiter sa propre solitude : c’est la condition pour pouvoir ensuite s’ouvrir véritablement aux autres et leur donner quelque chose de juste », pense-t-elle.

Fatim Diop Mbaye lève une ambiguïté : le « je » n’est pas synonyme d’égoïsme.

« C’est un “je” conscient, responsable. Un “je” suffisamment solide pour rendre possible un Nous utile, vivant et fécond. »

De là découle, selon elle, une exigence fondamentale : prendre soin de son moi émotionnel, mental et spirituel n’est pas un luxe individuel, mais un acte de responsabilité collective.

La générosité est contagieuse, tout comme l’exemplarité

La fondatrice d’Ubuntu Executive Coaching estime que le management autoritaire n’a plus droit de cité et qu’il faut miser sur une bienveillance exigeante. Elle s’attache à allier la rigueur de sa formation, la finesse de sa culture littéraire et les valeurs de partage reçues en héritage. Elle se donne ainsi les moyens d’éveiller des consciences en mettant en avant un humanisme africain moderne.

« Le coaching n’est clairement pas une thérapie : il vise le développement du potentiel et accompagne l’être humain à aller au-delà de ses schémas limitants, en conscience et en responsabilité. Le rôle du coach n’est pas de penser à la place de l’autre, mais de poser les bonnes questions, des questions libératrices qui permettent à la personne de voir plus clair », précise-t-elle.

Cette philosophie repose sur son attachement au concept Ubuntu, qu’elle associe à la générosité, à l’empathie et à l’entraide.

« Ubuntu traduit cette capacité à se mettre à la place de l’autre. C’est une vision de l’humanité qui a permis, par exemple, à des dirigeants comme Nelson Mandela, de choisir le pardon pour se reconstruire. »

Dans une démarche de coaching solidaire, elle met également son expertise au service d’associations, à titre bénévole, afin de soutenir l’émergence d’un leadership féminin conscient, structuré et responsable.

« Ce que l’on nomme trop vite des “faiblesses” recèle souvent une énergie inexploitée. Le travail consiste à déplacer le regard : faire de l’histoire personnelle une force et de l’épreuve un point d’appui. »

Pouvoir, ego et ancrage identitaire

Nominée aux Sorority Awards en 2023, à Dakar, aux côtés de dix autres femmes engagées, Fatim Diop Mbaye porte un regard lucide sur les dérives possibles du pouvoir, capable de déconnecter l’individu du réel. Face à ces risques, elle plaide pour un ancrage identitaire profond et une culture consciente de l’héritage.

« Pour moi, la compétence première d’un dirigeant réside dans la cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Un dirigeant crédible est celui qui tient parole, agit dans la durée et assume la continuité de ses choix. Lorsque l’on pose très tôt la question de son héritage — “comment souhaitez-vous être perçu après votre départ ?” — on oblige le leader à se projeter au-delà de l’instant. Cette projection révèle sa vision, sa sincérité et son sens profond de la responsabilité », ajoute-t-elle.

Elle souligne l’importance de s’entourer de personnes capables de rappeler l’essentiel, même lorsque tout le monde acquiesce.

« Sans cet entourage sincère, on devient rapidement prisonnier du système et de son propre ego », précise-t-elle avant de conclure : « le pouvoir n’est pas un cadeau, c’est une épreuve. Lorsqu’on en est conscient, on agit avec plus d’humilité et de responsabilité. Le pouvoir n’est pas une fin en soi ; il n’a de légitimité que lorsqu’il est orienté vers le service. C’est là que commence le véritable leadership. »

Message aux femmes : croire et transformer

Présentée comme une figure inspirante du leadership féminin, elle exhorte les femmes leaders ou en devenir à une résilience pragmatique. Face aux aléas de la vie, elle préconise la politique du mouvement. Il s’agit, selon ses explications, « d’identifier le plus petit pas possible, ici et maintenant, pour avancer ».

La cinquantaine, Fatim Diop Mbaye ne se contente pas de coacher : elle transmet, écoute et impacte. Dans un monde en quête de sens, elle rappelle une vérité essentielle : pour éclairer les autres, il faut d’abord savoir entretenir sa propre lumière intérieure.

Source : Fatima Diop Mbaye, coach: L’esprit Ubuntu comme boussole du leadership moderne